Georges Dimitrov: un compositeur, un prof et… un DJ!

Georges Dimitrov: un compositeur, un prof et… un DJ!

Entrevue réalisée par Maxime Goulet, avec Georges Dimitrov, le membre du mois Codes d’accès, pour le mois d’octobre 2011.

Comment décririez-vous votre musique/style?

Ah, l’éternelle et difficile question. Par ma volonté de créer une musique accessible, dotée d’une grande intensité émotionnelle et en même temps indéniablement inscrite dans la modernité, je me retrouve évidemment dans le sillage de compositeurs de l’ère post-moderne comme Penderecki ou Pärt. Ma musique est toujours chargée de violence, mais souvent une violence contenue dans une concision héritée des minimalistes et leur travail sur le temps. Une musique très imagée, qu’elle se réfère ou non à un élément extérieur.

Quel impact souhaitez-vous avoir sur votre auditeur?

Je souhaite l’interpeller, le troubler, lui faire ressentir une émotion qui sort de l’expérience du quotidien, le déconcerter – tout sauf l’indifférence. La question de la perception est centrale dans mon travail et je me plais à jouer avec les attentes du public, alternant répétitions et ruptures.

Quelles sont vos principales sources d’inspiration dans vos compositions?

Je me nourris d’émotions puisées dans l’actualité, l’histoire, beaucoup au sein des autres arts (notamment les arts visuels, la littérature et le cinéma). Parfois c’est de grandes idées de nature philosophique, le temps, la mort… Évidemment, la découverte d’autres œuvres musicales qui me fascinent s’avère aussi être souvent un important stimulant pour l’imagination. Mais tout ce qui m’affecte peut être recyclé : comme créateur, on emmagasine des impressions, on se constitue une réserve dans laquelle on puise quand on cherche l’inspiration.

Quel professeur/compositeur/interprète vous a le plus marqué dans votre vie/formation/carrière? Pourquoi?

Comme professeur, je dois évidemment citer Isabelle Panneton avec qui j’ai étudié durant sept ans : j’ai hérité d’elle une attention au détail et une précision dans l’écriture, en même temps qu’un désir de toujours pousser la musique vers ses limites, de ne jamais laisser en plan une idée au potentiel inachevé. C’est quelqu’un de très rigoureux mais toujours très humain. Au niveau des compositeurs cependant, réelles influences, mon cœur balancera toujours entre deux iconoclastes : Moussorgsky, dont les Tableaux d’une Exposition ont été une des étincelles qui m’ont dirigé vers la carrière de compositeur, et Ligeti, dont les études pour Piano m’ont introduit à la musique contemporaine.

Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre métier?

Avoir ce pouvoir de toucher les gens de façon unique à travers ma musique. L’aspect non-sémantique de l’expression musicale permet de communiquer une émotion plus subtile que ne le peuvent des mots (à l’extérieur de la poésie), et plus en profondeur, sur un plan ressenti autant qu’intellectualisé. C’est ce qui m’attire aussi d’ailleurs vers l’art abstrait, vers les tableaux de Moholy-Nagy, Newman ou Pollock, par exemple. Et puis, il y a cette fièvre de cerner une idée musicale, un geste, une texture, et de la modeler, sculpter, développer, transformer, voyant l’œuvre prendre forme peu à peu sous mes yeux.

Quels sont vos projet en cours et/ou à venir?

En plus évidemment de l’enseignement et d’un travail régulier sur de courts films ici et là, je compose présentement un premier quatuor à cordes, de même qu’un projet de Requiem entièrement électronique. J’ai aussi lu cette année La Pulpe de Andrzejewski et j’ai été subjugué par son travail de déconstruction sur la forme et le temps : je cherche depuis six mois une façon de transposer ces impressions en musique, et je compte persévérer.

Quel est votre fantasme compositionnel le plus fou?

Écrire pour des ensembles homogènes improbables et démesurés : une pièce pour 50 violoncelles par exemple, ou 32 timbales, ou 20 pianos… Du minimalisme gargantuesque.

Quel conseil pourriez-vous donner à un jeune compositeur de la relève qui souhaite progresser dans le domaine?

En premier lieu, d’acquérir une maîtrise et un contrôle parfaits des procédés d’écriture de base, harmonie, contrepoint, orchestration… Ce n’est que lorsque ces aspects seront assimilés au point de devenir intuitifs comme une seconde nature, qu’ils n’entraveront plus la composition même. La situation est identique pour un interprète, ou un peintre, un danseur : une technique parfaite permet une liberté créatrice totale. Ensuite, d’avoir l’esprit ouvert et de ne pas se confiner seulement à l’étude de la musique, surtout pas à celle d’un seul genre – développer une personnalité riche et nuancée est un prérequis pour que notre création le soit aussi.

Vous composez et êtes également actif comme DJ et créateur de musique électronique. Comment la cohabitation se fait-elle dans votre travail avec la musique de concert?

L’alternance entre la composition contemporaine et rock me permet de prendre face aux deux une distance critique souvent bienvenue. Cette alternance me permet aussi de nourrir deux besoins compositionnels différents (mais complémentaires), deux aspects de ma personnalité : l’énergie des scènes rock et électronique est parfois rafraîchissante face aux aspects un peu plus guindés des milieux de musique de concert. Les deux types de musique s’influencent aussi subtilement sur le plan de l’écriture. Quant à être DJ, ça tient essentiellement à la passion de partager et faire découvrir de la musique aux autres; quand on y pense, c’est la même passion qui me pousse à faire entendre à mes étudiants des œuvres qui les émerveillent.

Vous enseignez la composition à Concordia. Qu’est-ce que cette profession vous apporte en tant que compositeur?

Je n’ai jamais autant progressé dans mon travail de composition que depuis que je l’enseigne. Je reçois évidemment de la part de mes étudiants débutants quantité de compositions imparfaites, mais en tant que professeur je ne peux simplement leur dire que « cela ne marche pas » : je dois expliquer où se trouve exactement la faiblesse de l’écriture et leur proposer une solution. Cela m’a amené à être sensible à quantité d’aspects de la musique auxquels je ne m’étais pas consacré en profondeur auparavant, et surtout de pouvoir ensuite mieux identifier ces lacunes dans mes propres œuvres.

Prochaine création de Georges Dimitrov, le 27 octobre 2011, par Codes d’accès:
http://www.codesdacces.org/presentation-saison-11-12/one-deux-harom/

Page profil membre de Georges Dimitrov:
www.codesdacces.org/author/georges-dimitrov

Site Internet personnel de Georges Dimitrov:
www.georgesdimitrov.com

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